PROCESS : Toutes les photos kodak et vidéos sont des traces d’une performance effectuée le 19 juin 2018. Entrée dans l’église couverts par de longs manteaux noirs. Déchainement contre le dogme. Détournement des images religieuses. Montée sur l’autel sur du son techno. Curé vient me demander de partir, réponse par une phrase de sorbonnard du style « je suis en histoires des religions et étudie les liens entre pulsions Sadomasochistes et imagerie christique, j’ai une convention de la mairie de Paris pour avoir accès à ce lieu. » Ca l’a laissé bouche bée pendant 15 mins avant qu’il ne nous demande de lui montrer cette convention. Et on a couru. Temps total de la performance : 35 mins.


Jour du Seigneur, il faut prier : AMEN. Mais qui pour t’entendre devant les caissons de sons. La seule façon de se faire entendre, c’est de danser. A même le béton, sur l’autel, chapelet ensanglanté dans les mains, vous êtes toutes des chiennes qui manquaient d’un père. AMEN. Dieu va vous dresser, vous servir de père. AMEN.

La pulsion est une énergie psychique, une excitation endogène (qui vient de l’intérieur) ; elle est « une charge énergétique qui fait tendre l’organisme vers un but » (La Planche J., Pontalis, Vocabulaire de la psychanalyse). Si nous devons porter un poids, notre muscle produit une énergie et cette énergie va se dépenser dans l’effort fourni. De la même façon, une pensée, un désir ou une aversion formulés pour répondre à un besoin produiront une énergie psychique qu’il sera nécessaire de dépenser.

Il y a peu, je suis entré dans une église. Suspendu à un des murs, le grand Jésus planté sur sa croix m’a frappé : j’ai cligné des yeux, et comme en surimpression j’y ai vu la silhouette d’un homme qui vient d’éjaculer, attaché à une croix en mode bondage pour je ne sais pas quel film porno. Grosse épiphanie blasphématoire dans ma tête, mais comme je ne suis pas croyant je l’ai bien vécu. Eros (pulsion de vie) et Thanatos (pulsion de mort) avait ressurgi dans ce symbole de l’Amour pur, une sorte de violence sexuelle avait percée à travers l’image. Si on accepte de réfléchir de façon pertinente à la question, sans chercher à être immoral (car ce serait encore regarder à travers les yeux de la religion) mais tout simplement amoral – en-deçà de la morale- il apparait rapidement que la religion chrétienne servait aussi un but social : Elle a toujours servi à canaliser les pulsions libidinales, et réussit à proscrire et condamner les « actes pervers » ou de violence en société. Par quel moyen ? L’un des éléments de ma réponse se situe dans cette micro-seconde où se sont rencontré dans une église un christ mourant sur sa croix et un acteur porno SM. La base de l’iconographie de la religion chrétienne est la crucifixion ; un simple pagne autour des hanches, des flèches plantés dans le corps, un regard extatique, corps livré à la violence. Violence meurtrière ? Freud disait déjà ; violence sexuelle. La religion a élaboré un système lui permettant d’annihiler (dans l’idéal seulement) les pulsions inconscientes et glauques qui font de l’être humain ce qu’il est. L’un de ses outils les plus puissants passe par le symbole, par son iconographie, sa figuration – la force de l’image n’est plus à prouver. Pourquoi le Christ souffre-t-il tant pour être digne d’un enfant de Dieu ? Pourquoi les romains éprouvent-ils tant de plaisir à la souffrance éprouvée par le Christ ? Ils pêchent en faisant souffrir le Christ et en éprouvent du plaisir, mais le Christ ne serait pas le Christ si il n’avait pas souffert par la violence de ceux qui en éprouvaient du plaisir. La crucifixion peut être analysée comme l’apogée du désir dans la violence sexuelle : la symbolique d’un viol. Viol durable, et la techno vient libérer le             Christ de toutes ses souffrances. La libération pour le Christ n’interviendra qu’à la toute fin de la torture, de l’acte charnel ; par la mort, par l’éjaculation. Décrucifions le Christ ! Nous ne sommes pas des pêcheurs, pas des loossers, pas une humanité condamnée par l’absurdité humaine, pas une victime de l’ignorance et de la haine. Décrucifions le Christ, parce que nous sommes une nouvelles génération qui ne se soucie plus de vos anciennes valeurs qui ont menés à mort et destruction. La violence est notre quotidien, le pêché notre rituel. Mais nos pêchés ne sont plus pervertis par votre religion. Nos pêchés techno sont purs car libérés de votre Dieu, de votre père tout puissant. Dans la mesure où le Christ trouve la libération, la transcendance mystique dans la mort, cette dernière peut se présenter comme l’éjaculation, la fin des pulsions libidinales, soit la fin du pêché, et donc du désir/souffrance. Pourquoi ce tabou jeté sur la sexualité par la religion chrétienne ? Il ne faut surtout pas en parler, car la religion passe son temps à la représenter. Elle symbolise la sexualité, tout en déviant le sens de ces images ; la religion chrétienne transfigure les fantasmes. Transfigurons nos fantasmes dans la techno.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

The Gerogerigegege – Anal Beethoven

 

ORTIES- AMEN

Le Syndicat Electronique – A L’Interieur

 

John Maus – I’ve Got Problems