Avons-nous envie de ressentir que nous sommes présents dans l’espace ? Objectivement, nous vivons sur terre, la terre se situe dans l’espace, alors toutes les musiques créées sur terre sont techniquement des musiques de l’espace. Mais lorsque l’on se concentre uniquement sur les sonorités que l’on capte au beau milieu de l’univers, on se rend compte qu’il y a bien des sons particuliers. Ces sons ne sont pas des musiques, ils n’ont pas été créés, ils existent grâce à la présence de chaque planète et au fonctionnement de l’univers. Lorsque l’on écoute les sons enregistrés par la NASA de l’univers, on entend une sonorité de fond qui est très similaire aux sonorités de fond de musique techno.

 

Les objets dans l’univers s’éloignent les uns des autres, il s’agit du phénomène de l’expansion de l’univers en cosmologie. L’existence est alors une expansion, une prolifération. Les sonorités électroniques de la musique techno ne sont-elles pas aussi comme une expansion ? Les sonorités se prolifèrent des enceintes jusqu’aux oreilles de chacun d’entre nous, puis se prolifèrent de nos oreilles à notre cerveau. Nous pouvons comparer chaque sonorité à un amas, une planète, ou à une galaxie dans l’univers, la différence est que la musique elle est immatérielle.

Serait-ce une imitation inconsciente de l’univers de façon immatériel ? La variété dans les sous-genres de la techno n’est-elle pas comme de différentes galaxies dans l’univers ? Il y a des univers dans l’univers, et chaque DJ et producteur créé un univers dans l’univers de la musique électronique. Le lien avec l’univers est auditif avec les similitudes au niveau sonore, mais également conceptuel avec comme parallèle l’expansion des sons et des objets dans l’univers.

La techno minimalepeut correspondre à une imitation inconsciente de la musique de l’espace : ses sonorités répétitives, comme peut le faire notre résident Sinus O, dans ses compos. La répétition est comme une métaphore du cycle de la vie. La possibilité d’un modèle cyclique de l’univers a été envisagée par Albert Einstein et Richards Tolman dans les années 30. John Wheeler a par la suite évoqué le fait que notre univers est la descendance cyclique de dizaines d’univers avant lui.

L’aspect psychédélique de la musique rave, son fond sonore semble suspendu dans l’espace. Tout ce qui est psychédélique peut contribuer à la métaphore de l’espace : le cerveau s’« ouvre » et se « dilate » afin d’observer et absorber davantage ce qui l’entoure. Nous ressentons alors davantage l’univers. Le milieu des soirées techno, la consommation des drogues récréatives et psychédéliques ont une connotation spirituelle, et nous connectent d’une certaine façon à l’univers. Ces drogues sont alliées à une musique aux sonorités spatiales pour une expérience immersive de l’espace : par l’ouï (musique techno) et les sens que les drogues exacerbent.

On est face à la scène et à la musique, c’est comme si on dansait face à l’espace et qu’on la vénérait. C’est comme une religion de l’espace, où le temps, comme les années-lumière qui séparent les planètes, devient relatif, avec cette impression d’être « hors du temps ».

Avec les avancées technologiques, nous avons un pas dans le numérique, et l’influence sur la musique est une évidence. Mais ces sonorités mécaniques que produisent les machines pour créer de la musique électronique sont peut-être juste la reproduction mécanique des sons qui existent déjà dans l’espace.

Alors, les soirées technos, un lieu dédié à ressentir l’espace ? Un monde qui cherche à se rapprocher de l’espace ? Une imitation de l’espace ? Les soirées technos ont quelque chose de primitif : quelque chose de philosophique et spirituel : la libération de soi, des mœurs, la connexion aux autres grâces aux drogues, l’amour de la musique, des similitudes à certains rites anciens.Est-ce qu’on ne chercherait pas inconsciemment à se connecter à quelque chose de très basique chez l’humain? Est-ce que ce ne serait pas un moyen de se projeter au-delà de la terre ?

 

CHRISINE PRIVAULT