Mouvement LGBTQ+ : quand la diversité renforce la techno

Après la révolution sexuelle de 1968, les minorités sexuelles se revendiquent et s’installent comme de véritables communautés dont les droits doivent être défendus. Le monde techno est rassembleur. Les communautés se rejoignent dans des clubs pour se retrouver et faire la fête ensemble. Marginalisés, oppressés et rejetés, les mouvements lesbiens et gays, au départ, créent de véritables zones de liberté d’expression. C’est au regard de l’évolution de la pensée et notamment de l’inclusion de toutes les sexualités qu’un véritable lien s’est créé entre le monde techno et le mouvement aujourd’hui appelé LGBTQ+ . Loin des jugements, véritable promotion du vivre ensemble et de l’acceptation, la diversité sexuelle au sein des soirées techno est indissociable de la réussite du milieu.

Diversité, folie et musique

Les soirées LBGTQ+ ont transformé les codes traditionnels du clubbing. Contrairement aux soirées classiques, les soirées organisées par la communauté ont un seul objectif : promouvoir la diversité et la liberté sexuels.. Comme le dit alors Didier Lestrade, co-fondateur d’Act-Up : « Le club est un lieu où les gens ont des expériences très forte – de musique mais aussi de drague et d’histoire d’amour … ». La communauté homosexuelle est ainsi la première à s’approprier les soirées technos. Des torses nus aux cuissardes, de la parure au déguisement, il s’agit d’une expérience où chacun est libre d’être ce qu’il est. Ces soirées sont une ouverture à la mixité culturelle et un espace sain de libération sexuelle. Au départ elles sont cependant genrées avec des soirées lesbiennes et des soirées gays, pour ces derniers ce sont les grandes heures du Queen près des Champs-Elysées notamment.

Les soirées au Pulp …

Le Pulp, c’est un club lesbien fondé au début des années 2000. C’est aussi le lieu de rendez des activistes de la nuit parisienne : Sophie Morello (fondatrice des soirées Kidnapping), Jacob Khrist (photographe nuit), Anne-Claire (co-fondatrice des soirées Possession) ou encore AZF (Qui Embrouille Qui). Le club accueille un public de toutes orientations sexuelles (homosexuels, hétérosexuel.le.s, bisexuel.le.s, transsexuel, transgenre..) pour faire la fête et revendiquer un espace sans jugement et « safe ». Beaucoup parle de « l’âge d’or » des soirée LBGTQ+. Crame (co-fondateur des soirées House of Moda) dit alors : « On vient pour la soirée et non pour la tête d’affiche ». Il est géré par des femmes et pour des femmes, même si tout le monde s’y retrouve. A sa fermeture, une nouvelle vague de collectifs alternatifs émergent et son lot de soirées. Un cocktail de rave-techno-queer s’installe à Paris.

… à la multiplication des événements en club

Les clubs et événements LGBTQ+ ont un rôle majeur dans la scène techno. Citons : le Gibus, le club gay le plus techno de Paris. Un lieu mythique plongeant les clubbers parisiens dans une ambiance cuir et harnais, accompagné par une techno agressive et transgressive.

On peut aussi citer la soirée Jeudi Ok, véritable catalyseur de la culture Queer rassemblant depuis 2007 hommes, femmes et non-binaires pour danser jusqu’au bout de la nuit. Anne-Claire Gallet, une des organisatrices, précisait ainsi à Libération, en 2012, : « C’est une espèce de protection dans une ville où la culture hétéro domine, un espace de liberté. […]Mais on n’empêche pas les hétéros de venir, on a une politique très démocratique à la porte et, au final, on a environ 20% d’hétéros, et des gays de milieux très différents. » à propos des soirées Flash Cocotte. De ce fait des soirées communautaires, une évolution s’est fait sentir dans l’acceptation de personnes y compris hétérosexuelles.

En effet, il faut ainsi dissocier les soirées d’inspiration berlinoise Queer & Klub Kid, comme la KinderGarten du collectif du même non, celles lesbiennes avec des performances de Drag comme la WET for me du collectif Barbi(e)Turix lesbien et féministe – qui a fêté ses 10 ans en 2018 – et les soirées LGBTQI+ et hétérofriendly à l’image de la Possession en place depuis 2015.

La profusion de soirées est notable aujourd’hui et l’on retrouve de plus en plus d’espaces de liberté pour des personnes dont la sexualité a été – et est encore, objet de rejet social bien malheureusement. De nouveaux concepts tel que les événements de SHML Trouble avec la mention de « trans-encouraged et cis-friendly » apparaissent et donnent espoir sur l’avenir du clubbing et de son ouverture d’esprit ! C’est une véritable évolution des clubs communautaires y compris au sein des sexualités à des soirées inclusives dites LGBTQ+, voire même hétérofriendly.

Show, performance & décor…

A l’inverse des soirées traditionnelles parisiennes, les soirées ne se limitent pas à la musique. On n’y va pas forcément pour l’artiste mais pour ce qui fait la soirée : drag show, voguing, cage métallique, costumes. Homosexuels, hétérosexuel.le.s, bisexuel.le.s, transsexuel.le.s, peu importe d’ailleurs, tout le monde s’y retrouve. « Enfin ta tenue la plus extravagante et vient faire la fête!! ».

L’objectif est de passer une soirée ou chacun est libre d’être soi, dans des ambiances multiples et artistiques. Ces événements créent une véritable expérience visuelle. C’est le cas par exemple dans les événements de House of Moda organisés à la Java, les soirées « Tragédies musicales Queer » du collectif Le BAL CON, au  Badaboum ou les warehouses de Myst, connu pour les performances artistiques inédites et leur sombre techno.

Le mouvement LGBTQ+ s’est construit aussi par ces nombreuses soirées, au départ dans des clubs pour ensuite migrer vers des scènes plus larges et alternatives telles que les warehousse. Il ne s’agit pas forcément de ramener des artistes connus mais bien d’organiser des espaces « safe » où chacun sera libre d’être ce qu’il veut. En témoigne les avertissements de Possession avant chacune de leur soirée. Il est par ailleurs notable que de plus en plus de soirées s’arment de prévention à l’égard des fauteurs de trouble sur les comportements inappropriés dans leur description.

Auteure : Marie Chazeau

Source : traxmag.com , cairn.info , lesinrock.com , clique.tv , youtube.com, clubbingtv.com

Photo 1 : Soirée au Pulp, prise par Anne Fouquère – Antidote

Photo 2 : Soirée au Pulp par Marie Rouge – Antidote

Photo 3 : Soirée du collectif Myst, Myst 005 Chromatic Cabaret, par Victor Maître

Photo de bannière, 4 et 5 : Soirée Halloween, espace Denis Hoppert à Bagnolet, par Artemisex

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