Public Techno : à la recherche du full access !

Dans la forme, il est évident que l’on souhaiterait que les événements Techno soient accessibles par tou.te.s et pour tou.te.s cependant les fêtards.es semblent se heurter à un mur en termes : de prix, d’inclusion, de proximité. Les soirées Techno sont-elles toujours aussi accessibles au public qu’à ses débuts ? Sont-elles devenues trop chères ? Sont-elles toujours aussi inclusives qu’à l’époque ? Amateurs.rices de bon son, nous t’avons donné la voix pour exprimer ton ressenti sur la question !

Des années 80 à 2020 : Elle est où la teuf ?

Décors fantasques et lieux insolites caractérisent les événements qui ont forgé le phénomène Techno. Diffusée dans un premier temps dans les boîtes de nuit en Angleterre, dans les années 80, le mouvement prend de l’ampleur et les salles n’ont plus la possibilité de contenir les foules. En effet pour exemple, les clubs anglais devaient fermer à 2h00 sous le gouvernement libéral Thatcher. Les raves naissent alors d’une nécessité pour la jeunesse anglaise de se rassembler. En trois mois, c’est une explosion et les gens se réunissent par milliers dans des open air géants. La création d’événements gratuits ou peu onéreux et ouverts à tous, fait alors le succès du genre musical sur le territoire national et à l’international. Par la suite, le gouvernement décide peu à peu de les réprimer et complique l’accès des raves à la population.

Bien qu’aujourd’hui, le jeu du chat et de la souris se poursuit encore entre les pouvoirs publics et les warehouse/freeparty, la culture Techno s’est popularisée et pèse son poids dans l’économie musicale française. Vecteur d’attractivité touristique, de culture et de renouveau, on la retrouve sur une variété de scènes (en festival, en club, à des manifestations, des open air, des bars…) et au sein de programmations éclectiques. Les noms tels que Le Rex, Le Glazart, Dehors Brut, Possession ou DGTL… résonnent encore dans nos oreilles. Intéressé.e.s de savoir quel regard les noctambules de la vibe Techno ont sur la multiplicité des événements et les enjeux d’organisation, nous les avons interrogés.

La techno mise à prix ?

Warehouses Freeparty Boîtes de nuit / clubs Festivals
entre 15 et 25, jusqu’à 50 € pour certaines Donation ou de 8 -15 € 15 – 25 € 50 – 100 € nb de jours

Sur l’ensemble des fêtards.es sortant dans des événements Techno, 91% d’entre-eux sortent le plus souvent en warehouse, boîtes de nuit et festivals. Même si le public est réceptif à ce genre de soirée spécifique au mouvement, bien plus des trois quarts estiment que les prix sont trop élevés. En effet, la hausse des prix se ressent majoritairement dans la somme accordée à l’entrée ou à la place puis sur les boissons alcoolisées. Comme nous le confie Antoine*, Lyonnais : « Depuis 4 ans, les entrées des clubs ont presque doublé à Lyon comme au Petit Salon ou au Ninkasi pour des soirées qui finissent seulement à 5h00. Pour certains lieux, la marge se fait sur le palier de prix des places… ». Warehouse et festivals reçoivent a posteriori le même constat. Il faut aussi savoir que la plupart admettent une progression des prix des entrées mais avec en retour une programmation qualitative. En effet, les organisateurs essayent de satisfaire au mieux un public plus exigeant et hétéroclite. Néanmoins, une meilleure programmation demande incontestablement davantage de moyens financiers.

La techno pour tous ?

De l’inclusivité…

A l’époque, la techno a favorisé le rassemblement de groupes sociaux, en particulier les personnes discriminées et exclues de fait par la société ou les pouvoirs institutionnels. En effet, certaines soirées visent à défendre l’intégration des minorités. La tolérance et la diversité semblent toujours porter le mouvement puisque 90% des interrogés se disent favorables à ce que les espaces festifs soient inclusifs. Il est important de souligner que seulement 54 % considèrent qu’ils n’excluent personne. Le milieu festif le moins inclusif reste les boîtes de nuit/clubs. Beaucoup de nos témoignages pointe un manque de diversité et un staff discriminant à l’égard du public comme le soulève un fêtard : «Tous les événements que j’ai fait en boîte de nuit n’ont pas tous été inclusifs vis-a-vis de la communauté LGBTQI par rapport au comportement soit des vigiles, soit de personnes considérées comme hétéros cis alors que les soirées dans lesquelles cela se passait prônaient justement l’inclusivité. ».

Les organisateurs font de plus en plus appel aux associations pour transmettre des valeurs inclusives auprès de leur staff et de leur public. Entre sa participation à la PWFM au Glazart, au Weather Festival ou à la Possession de septembre dernier, l’association Consentis est l’une d’entre elles. Elle vise à lutter contre les violences sexuelles dans les lieux festifs et promeut une culture du consentement. Elle se donne pour objectif d’informer les fêtards.es et d’accompagner les organisateurs dans la création de lieux sûrs et inclusifs. Physiquement, cela se fait par l’affichage de la politique de l’espace d’accueil et une sensibilisation de l’auditoire. Leur souhait est «que toute personne sans discrimination liée à son genre, son âge, son orientation sexuelle, son origine sociale et ethnique, son corps et sa tenue puisse danser librement ». Domitille Raveau, co-fondatrice de Consentis, interviewée par la radio Rince France en septembre dernier, précise qu’il est difficile pour un lieu festif d’être à 100 % « safe » mais leur travail permet de réduire ces comportements. .

… à la prise en compte des handicaps

Sur l’ensemble des personnes interrogées sur l’accessibilité des lieux de sorties Techno pour les personnes en situation de handicap, les avis semblent partagés et suscitent donc de mieux informer le public sur leurs besoins. La loi (loi° 2005-102 du 11 février 2005) pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées établit pourtant des normes réglementaires strictes que doivent suivre tout les établissements recevant du public (ERP). Ce sont des normes telles que l’accès au site et ses abords, les espaces d’accueil (espace informatif, santé ou de repos), la signalétique, les repères d’orientation, la facilitation de circulation… Les handicaps sont divers (handicap moteur, handicap sensoriel ou handicap psychique…) et cela implique alors une grande adaptation des locaux ou espaces. Il faut savoir que la réalisation d’un tel projet demande du temps et des apports financiers importants pour être en accord avec les normes actuelles. Les warehouse ou free parties souvent organisées par des associations ne disposent malheureusement pas de tous les moyens nécessaires à la réalisation de chacune des demandes, d’autant plus que les lieux sont parfois très accidentés. Quant aux ERP plus traditionnels comme les boîtes de nuit ou les festivals, ils doivent peu à peu s’y soumettre de peine de se voir sanctionner.

Informer le public sur ses possibilités d’accueil, ne serait-il pas la première forme d’accessibilité pour ne pas se retrouver en marge ? Soraya*, habituée des fêtes parisiennes soulève cette question : « Comme le feraient certains festivals, il serait nécessaire d’envoyer par message et/ou sur l’évent, des informations ou un plan lisible pour se repérer, comme par exemple : les points d’eau, les toilettes, les points de sécurité, les stands ou les coins chill. » Une idée intéressante que devraient étudier les organisateurs ou associations pour inclure cette partie de fêtards.es qui ne demandent qu’à en être.

Proximité : rien ne sert de courir, il faut partir à point !

Qui n’a jamais passé de longues heures dans les transports en attendant de sentir le bruissement des basses ? Pour 64 % de l’échantillon interrogé, les événements sont trop éloignés de leur domicile, en particulier pour ceux souhaitant assister aux warehouses. La proximité des festivals et freeparty est là aussi à débattre. Pour s’y rendre, les transports les plus utilisés sont le métro (pour 90%), les trains (53%) et les VTC-Taxi (76%), mais après une certaine heure les déplacements se compliquent. Pour Natan*, amateur de soirées alternatives « aller en wharehouse ou freeparty c’est comme un jeu de piste. Il faut s’attendre à faire des kilomètres, se perdre et retrouver son chemin ». Il semble que pour rester pérenne, les scènes alternatives doivent trouver de nouvelles solutions afin de faciliter la participation de leur public. Plusieurs réponses se rejoignent autour d’une volonté commune : la mise à disposition de navettes. L’an dernier, certains organisateurs.rice.s de warehouses comme Possession, BNK ou des festivals comme le Pulse ont assuré un service de navettes pour leurs participants. Peut-être une nouvelle opportunité de marché pour le monde de la nuit ?

En conclusion, la question de l’accessibilité paraît plus complexe qu’elle n’y paraît. Entre les interdictions, les contraintes et les normes réglementaires mises en place par la loi, la diversité des événements et des publics renvoie inévitablement à des limites d’accès. Comme le dit si bien l’expression : « La liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres ». La culture Techno n’a cependant pas dit son dernier mot ! À l’écoute des attentes et des besoins de son public, le dialogue autour de l’accessibilité des lieux festifs se poursuit encore entre les professionnels du milieu. Enfin, c’est en travaillant davantage main dans la main avec les associations et les futures start-up que ceux-ci pourront prospérer. On souhaite donc pour l’année 2020 qu’elle amène avec elle, une nouvelle réflexion sur les opportunités qu’offre un large public.

N’hésitez pas vous aussi à partager vos idées pour faire avancer le mouvement !

Auteure / CopyRight : Gala Rosenbaum Rabilloud

* Pour préserver l’anonymat, les prénoms ont été modifiés.

Sources :

Sondage effectué auprès d’un échantillon de 38 personnes.

– Documentaire Techno story : Le temps des raves, réalisé par Pascal Signolet, produit par Morgane Production et Histoire. Sortie en 2004

Les Musiques électroniques en France, rapport publié en 2016 par la SACEM / PDF :http://electronicmusicfactory.com/sites/default/files/etude_les_musiques_electroniques_en_france_0.pdf

« Selon l’étude de la Sacem, les musiques électroniques en France pèseraient 416 millions d’euros, avec 82% de ce chiffre réalisé par les clubs/discothèques et les festivals. »

– Questionnaire sur un échantillon de 37 personnes, disponible sur demande auprès de Gala.

– Le Recap’ de la Paris Electronic Week, 27 Septembre 2019, interview de Domitille Rivault par Rince France / Site web : https://www.mixcloud.com/

– Site web de l’association Consentis : http://consentis.info/

– Site du ministère de la transition écologique et solidaire, article « L’accessibilité des établissements recevant du public (ERP) », publié le 16 décembre 2019 / Site : https://www.ecologique-solidaire.gouv.fr/laccessibilite-des-etablissements-recevant-du-public-erp

– Accessibilité et spectacle vivant. Guide pratique / publié en 2008 par le Ministère de la culture et de la communication / Site : https://www.culture.gouv.fr/

Crédits Photos :

– Photo bannière : Photographe : Alex Holyoake / Site web : https://unsplash.com/

Trip Street Party, 1988 / Photographe : Dave Swindells / Courtesy of Saatchi Gallery, Londres

– Photographe : Alex Holyoake / Site web : https://unsplash.com/

– Photographe : Tyler Easton / Site web : https://unsplash.com/

– Photographe : Alexander Popov / Site web : https://unsplash.com/

– Photographe : Taras Chernus / Site web : https://unsplash.com/

– Photographe : David Bruyndonckx / Site web : https://unsplash.com/

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