DANEMARK – LES ORIGINES D’UNE TECHNO QUI SUBJUGUE L’EUROPE

Née d’influences trance, goa, et hardcore, la techno des rues de Copenhague se démarque depuis quelques années par son style unique. Rendue populaire en France dans les soirées Possession ou Subtyl, cette “fast-techno” est incarnée par des artistes brillants comme Schacke ou Niki Istrefi dans les meilleurs clubs d’Europe. Puissante, ambitieuse et engagée, Shadow Odissey fait le focus sur cette techno scandinave qui fait sensation.

Une techno unique

L’album “Euromantic001” de Niki Istrefi et la compilation “Kulør001” du label Kulør représentent parfaitement la nouvelle scène techno danoise

Souvent qualifiée de “fast-techno”, la techno danoise est loin de ressembler à celle des labels comme Rave Alert ou Bonzaï. Son tempo rapide et ses kicks puissants sont souvent accompagnés de mélodies oscillant entre trance et acid, parfois mélancoliques, dramatiques ou sinistres. Symbole d’une scène en plein essor, aussi moderne qu’habile, les morceaux “Red Armor” de Niki Istrefi ou “No Sleep” de DJ IBON sont déjà des pistes incontournables. Fier de leur origine, les artistes danois ont su s’organiser pour faire connaître leur art, grâce à la création de labels (comme l’artiste Courtesy avec Kulør) ou la formation de collectifs.

Un collectif qui incarne la techno Danoise : Fast Forward Productions

De gauche à droite : Schacke, DJ Tool et Kenneth Cockwhore, trois artistes du collectif Fast Forward Productions 

Bien plus qu’une simple agence de booking, le collectif Fast Forward Productions a été créé à Copenhague en 2015 dans le but de partager une approche nouvelle de la culture rave. Tous les événements sont construits à partir de zéro, se concentrant sur la scène locale. Grâce à de grands noms 100% copenhaguois comme Schacke, DJ Tool, Repro ou Sugar, le clan FFP est aujourd’hui considéré comme un poids lourd de la scène.

Ce qui fait de Fast Forward un collectif purement Danois, c’est cette lutte intense et permanente contre le racisme, le sexisme, l’homophobie et la transphobie. Fast Forward se concentre activement sur la création d’espaces plus sûrs et inclusifs dans les lieux de danse, au sein de nombreux lieux majeurs de la techno à Copenhague. Parmi ceux-là, les clubs mythiques Ved Siden Af et Culture Box

Pour mieux comprendre les origines de cette techno qui prend d’assaut la scène européenne, Shadow Odissey a interrogé les propriétaires de ces deux clubs danois, Sebastian Ayala Henriksen et Tim Andresen.

INTERVIEW : Sebastian Ayala Henriksen (Ved Siden Af) et Tim Andresen (Culture Box)

De gauche à droite : Sebastian Ayala Henriksen, copropriétaire du club Ved Siden Af, et Tim Andresen, DJ et copropriétaire de Culture Box

Pierre Berge-Cia (Shadow Odissey) : Bonjour ! Pourriez-vous vous présenter ?

Sebastian Ayala Henriksen (Ved Siden Af) :

Salut ! Je suis Sebastian, le propriétaire et cofondateur des boîtes de nuit Et Andet Sted, Ved Siden Af et du label/agence Another Name.

Tim Andresen (Culture Box) :

Bonjour ! Je suis le fondateur et propriétaire du label What Happens et copropriétaire de Savoir Faire Musique. Je suis également copropriétaire de Culture Box, l’un des principaux lieux de musique électronique du Danemark. On me connait surtout pour mon travail en tant que DJ/producteur.

Pierre Berge-Cia (Shadow Odissey) : Comment avez-vous découvert la techno ?

Sebastian Ayala Henriksen (Ved Siden Af) :

J’ai découvert la techno à Culture Box puis peu de temps après dans les salles légendaires du Berghain, avant cela, j’ai pu apprécier les soirées Ohoi (Dubstep) aux alentours de Copenhague. C’était génial !

Tim Andresen (Culture Box) :

Je suis DJ depuis 1986 donc j’ai pu voir les débuts et le développement de la musique électronique. Quand j’ai entendu parler de la techno pour la première fois, je faisais principalement du hip-hop, mais c’est il y a longtemps, les choses ont changé depuis. Ce n’est qu’à la fin des années 90 que j’ai entièrement consacré ma vie à la musique et que j’ai décidé de suivre une carrière dans l’industrie pour me concentrer uniquement sur la musique électronique.

Pierre Berge-Cia (Shadow Odissey) : Qu’est-ce qui rend votre club spécial ?

Sebastian Ayala Henriksen (Ved Siden Af) :

Je pense que c’est notre attention au détail! Je me vois comme un “ingénieur de la fête”, donc je m’efforce de toujours renouveler et de repenser tous les aspects qui construisent l’expérience du clubbing, que ce soit la piste de danse, la chambre noire de l’entrée, jusqu’aux toilettes. Rien n’est laissé au hasard !

Tim Andresen (Culture Box) :

Culture Box est une institution avec une longue histoire qui remonte à 2005. C’était le premier lieu de musique électronique spécifique au genre au Danemark. Jusqu’à ce jour, le club a façonné les premières carrières musicales d’une liste interminable de talents locaux, mais a également été le lieu danois préféré pour les artistes internationaux avant-gardistes et établis. En plus de cela, nous faisons de l’éducation musicale, des ateliers, des tables rondes, etc. pour soutenir la communauté musicale locale et aider à construire la scène musicale danoise.

Pierre Berge-Cia (Shadow Odissey) : Comment décririez-vous la scène techno au Danemark ?

Sebastian Ayala Henriksen (Ved Siden Af) :

À Copenhague, la techno est assez appréciée et nous avons une scène assez stable, mais cela reste quand même un mouvement underground. La grande majorité de la jeunesse danoise préfère toujours les boîtes de nuit commerciales où l’accent est davantage mis sur la drague et l’alcool plutôt que sur la danse et les rencontres amicales.

Tim Andresen (Culture Box) :

Je dirais que la techno danoise est globalement en pleine croissance, mais c’est surtout une petite scène underground spécifique qui bénéficie d’une communauté particulièrement dynamique. Je vois beaucoup de mouvements et de personnes avec des idées et des initiatives. Bien sûr, tout est mis de côté en ce moment  avec la pandémie même si je suis sûr que tout se repartira de plus belle une fois que la situation actuelle sera terminée.

Pierre Berge-Cia (Shadow Odissey) : Quelles sont les artistes/les sons techno danois que vous écoutez le plus ?

Sebastian Ayala Henriksen (Ved Siden Af) :

Hmmm… très bonne question ! Je vais dire l’album en 3 parties sur Peder Mannerfeld Produktion de mes chers amis Code Walk !

Si je devais donner un son son qui représente bien la scène de Copenhague, je dirais le banger émotionnel “A Messiah is born” de Hussar. C’est un morceau que nous sortons cette semaine sur “AN01-VSA1”, le tout premier album de notre label Another Name.

Tim Andresen (Culture Box) :

Il y a des tonnes de super artistes danois. Tu as déjà mentionné des artistes habitués à une techno “rapide” comme Schacke ou Niki Istrefi. Mais nous avons aussi des producteurs comme Kölsch, Noir, Anek, S.A.M., etc. qui sont tous actifs sur le circuit mondial (que ce soit en techno ou en house). J’ai quelques favoris dans la scène locale qui sont moins connus comme Nico Kaniak et Rasmus Vels. Je dois aussi mentionner Ground Plane Aerial (anciennement appelés Paxton Fettel) pour sa grande énergie et son talent musical ainsi que Joel Alter aka Jor-El pour sa créativité et ses productions.

Pierre Berge-Cia (Shadow Odissey) : Pour terminer, comment faites-vous pour faire face à la pandémie? Comment pouvons-nous vous aider ?

Sebastian Ayala Henriksen (Ved Siden Af) : 

Heureusement, le gouvernement danois nous soutient pour le moment. Mais cela semble se compliquer pour le moment avec de nouvelles restrictions qui nous sont imposées chaque jour. Je suis très inquiet de ce qui va nous arriver à l’avenir. On verra bien ce qu’il adviendra !

Tim Andresen (Culture Box) :

J’imagine que cela a été une période difficile pour nous tous. Personnellement, j’ai eu un calendrier de concerts presque complet annulé et reporté au printemps et en été et je n’ai joué qu’un seul concert en club depuis début mars. Je n’ai jamais rien connu de tel. D’un seul coup, j’ai dû m’adapter à un tout nouveau style de vie et trouver de nouveaux intérêts et de nouvelles choses pour me stimuler. Je n’ai même pas ressenti le besoin ou le désir de produire de nouveaux morceaux, mais je suppose que cela reviendra une fois que tout sera revenu à la normale. En ce qui concerne Culture Box, il a fallu beaucoup d’énergie pour trouver la bonne dynamique et communiquer auprès des artistes, des agents de réservation, des politiciens, etc. Tous les employés sont en congé, donc il ne nous reste personne d’autre que moi plus une autre personne pour tout gérer. Contrairement à ce que certains peuvent penser, il reste encore beaucoup de choses à faire. Nous sommes tous optimistes, mais comme la plupart des autres clubs, nous sommes confrontés à de sérieux défis économiques et nous avons décidé de mettre en place une campagne de financement participatif pour le club. Si vous êtes dans une situation où cela est possible et que vous souhaitez contribuer à l’avenir du club, vous pouvez apporter votre aide sur notre GoFundMe.

Pierre Berge-Cia

Sources:

https://www.facebook.com/KlubVedSidenAf

https://www.residentadvisor.net/features/3262

https://www.residentadvisor.net/news/34671

https://www.facebook.com/cultureboxdk

https://mixmag.fr/feature/fast-techno-is-the-new-punk-le-son-de-copenhague-fait-vibrer-les-raves-francaises-a-140-bpm

https://www.facebook.com/fastforwardcopenhagen/
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